L’exercice de passer un message complexe.

Il faut aller à l’essentiel, transmettre une idée avec une économie de mot et des images efficaces. Le message risque donc d’être mal perçu, déformé, interprété.

Un cas d’école pour faire changer les comportements

Dans la lignée d’une façon de penser « outside the box« , j’ai toujours opté depuis longtemps pour le déplacement urbain à vélo autant que possible. Il est vrai que mon pays de coeur et de naissance est sur ce point très en retard par apport aux pays du nord ou beaucoup d’autre pays où les mentalités sont différentes. Un seul chiffre à connaître : en France, les stats donnent 3 vélos pour 10 habitants, en hollande, c’est 1 vélo par habitant.

Nous sommes sur un champ qui relève du culturel, des comportements sociaux. La voiture est devenue pendant les 30 glorieuses le symbole de la liberté individuelle. Bien plus que ça, elle est un marqueur social qui permet de se reconnaître, de se jauger, de s’estimer avant de se parler. Beaucoup sont tellement attachés à leur voiture qu’ils ne se rendent même plus compte qu’ils en sont devenus esclaves, et qu’avec la densification du trafic, leur carrosse doré s’est transformé en prison d’acier.

Comment passer le message qu’il est possible de vivre mieux, de gagner du temps et de l’argent en changeant des comportements ? Quand je communique là dessus, même auprès de mes proches, on me renvoie souvent des arguments pré-machés du style: « tu n’aimes pas la voiture », « je peux pas faire autrement » « j’ai pas le choix » etc… d’autres se contentent d’esquisser un sourire en pensant tellement fort que je peux presque l’entendre « espèce de baba cool dégénéré, pue la sueur, va à cheval jouer du djumbe dans les festivals d’été et laisse moi kiffer ma golf dernière génération ». Je leur réponds que si dans les grandes villes, les bike messenger utilisent le vélo pour livrer les messages les plus urgents, ce n’est pas pour l’amour de la bicyclette, mais par souci d’efficacité, et je pense au moins aussi fort qu’eux « espèce de bipède dégénéré, tu es telllement esclave de ta voiture que tu es incapable de penser autrement. Peut être n’es tu pas assez oxygéné du cerveau pour sortir de ton mode de réflexion, et que ta bagnole n’est que le signe extérieur d’un complexe intra-calçonique non visible aux non initiés ». Même si je sais que je vais me heurter à ce genre de réaction, encore plus depuis que je suis papa, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis sur la question.

S’il est certain que je n’ai pas une attirance particulière pour la mécanique et le vroum vroum en général, je pourrais donner un organe pour avoir en échange une Austin Healay 3000 M. Il est important de préciser que je n’ai rien contre le principe de la voiture. Nous avons besoin des véhicules à moteur, ils sont indispensables à nos sociétés occidentales. Ce qui me dérange plus, c’est le tout voiture, l’inertie dans l’évolution des comportements.

Mes points de vue ne m’ont pas empêché de travailler, en partie par amitié, pour une équipe qui préparait un départ au Dakar. Au passage, nous avons avec le Dakar un très bel exemple de communication bien ficelée par le mastodonte derrière tout ça, ASO (Amaury Sport Organisation) dont le fond de commerce est le sport et l’aventure. Même si le concept a pris du plomb dans l’aile, pour beaucoup, le Dakar rime encore avec « aventure ». Je comprends que l’on puisse aimer piloter, faire la course dans les dunes et s’engager sur ce type d’épreuve. Je suis même persuadé que je prendrais plaisir à piloter ces engins. Le fait de suivre la course, et d’en être spectateur / fan est pour moi plus mystérieux. Par contre, je rigole quand certains participants et beaucoup de fans font rimer, objectivement, ou cyniquement, l’épreuve avec « aventure ». Si le Dakar était encore une épreuve pour baroudeurs aventureux, il serait resté en Afrique. La menace de quelques barbus excités que l’on peut croiser au détour d’une dune aurait rajouté au principe d’un raid aventure. Et puis quand on sait que Johnny a participé, tout est dit…

ASO avec le Paris Dakar, nous donne donc un bel exemple de communication où le message à passer et de faire rimer ce raid avec la notion d’aventure. Gérard Holtz ressort le foulard, il laisse pousser la barbe poivre et sel, et après quelques séances d’UV en cabine à Paris pour avoir une peau plus convainquante, on lui prend un billet première classe Paris Buenos Aires pour suivre la course en hélicoptère. Bien entendu, j’imagine que tous ont des cuisiniers, des masseurs, et que ASO à tout prévu pour rentabiliser leur épreuve (prestation diverses telles que douches payante, photo de la course, tee shirt, communication vers son pays d’origine en haut débit pour envoyer les images, etc). Presque autant que de construire une image pour passer un message, j’aime défaire ce qui a été fait par d’autres, décortiquer les codes.

De mon côté, pour synthétiser ce que je pense sur le déplacement en ville, j’ai mis en forme un visuel, vos avis m’intéressent.

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